Emmanuel Macron ; et maintenant à droite toute ?

Emmanuel Macron (E.M) a toujours soigneusement traité son positionnement politique public, hors partis, du côté des jeunes, mais également protecteur des classes les plus âgées, tout en étant partisan de l’économie de marché. Il ne s’est jamais déclaré à droite, et peut encore moins le faire aujourd’hui, entre les deux tours. Il va très probablement réussir à récupérer du côté gauche le petit pourcentage qui va lui assurer une victoire incontestable sur Marine Le Pen (M.L.P). L’incapacité de la droite traditionnelle à gagner les élections législatives devrait lui permettre, sans se soucier de sa réélection, de developper plus encore sa politique économique au profit de ceux qui qui le soutiennent, c’est-à-dire au premier chef « le système » et un conglomérat qui réunit les acteurs économiques les plus actifs et ceux qui épargnent.

Un positionnement subtil

E.M, et c’est en cela qu’il est moderne, n’a jamais dit dans quel camp, droite ou gauche, il se trouvait. Car au fond, ce clivage semble de plus en plus obsolète, en tous cas en France. Chez nous, la droite, pour la gauche, c’est l’histoire d’un camp réactionnaire qui n’aura pas hésité à se compromettre en soutenant le Maréchal Pétain. Et la gauche, c’est la Révolution Française, le Front Populaire et une tolérance coupable à l’égard de l’URSS. Ce sont des raccourcis, certes, mais ils résument assez bien les choses dans les débats dont les Français sont si friands.

E.M, quant à lui, même si c’est par la divine surprise de l’explosion de François Fillon en pleine campagne, avait littéralement aspiré la droite tandis que les troupes socialistes, ignorant le pâle Benoît Hamon, n’ont pas vu chez lui un homme de droite. Et face à Marine Le Pen, il est probable qu’E.M devrait encore sans difficulté ramasser la mise.

Notre président-candidat doit cependant, pour le deuxième tour, lisser son programme, comme il l’a déjà fait pour la réforme des retraites, tout en se présentant comme le seul à pouvoir exercer son autorité de chef de l’État.

Une sociologie du premier tour qui parle

Ceux qui s’estiment défavorisés et membres des catégories populaires disent voter respectivement à 27 et 28% pour Jean-Luc Mélenchon (J.L.M) et à 37 et 29% pour M.L.P. Tandis que les classes se disant de la classe supérieure et du milieu aisé optent pour E.M à 38 et 53%.

Il faut bien comprendre que ce n’est que dans l’électorat âgé qu’E.M bat nettement M.L.P. (30% pour les classes de plus de 60 ans et 41% pour les plus de 70 ans).  Et dans les autres classes d’âge, il oscille entre 20 et 24%.

M.L.P ne fait respectivement que 22 chez les 60/70 et 13% au-delà. Autrement dit, l’appoint du réservoir de report, même modeste, sera en faveur d’E.M. Cette question ne fait pas débat et E.M n’est pas inquiet à cet égard.

J.L.M fait lui des scores impressionnants dans les banlieues à fortes teneurs musulmanes et/ou islamisées: Bobigny: 60%, Trappes: 60%, Creil : 56%, Roubaix : 52%. Et il frappe très fort chez les jeunes de 18 à 24 ans (31 et 34%), tout en ayant lui aussi un bon réservoir de report de 35 à 59 ans (22%). En exploitant à l’envi le réflexe « anti extrême-droite », et en cela largement aidé par les médias, c’est E.M qui devrait rafler la mise.

Que nous réserve la probable réélection d’E.M ?

Avec une bonne majorité godillot, E.M n’aura pas grande difficulté à faire adopter par le parlement l’essentiel sa politique, comme lors de son précédent mandat, sa seule limite ayant été la révolte des gilets jaunes. Il agira donc dans un sens favorable aux acteurs économiques qui le souhaitent, les prises de position des syndicats patronaux ayant clairement pris position en sa faveur.

La logique devrait le conduire à approfondir cette option, le quinquennat passé lui aura permis de compter sur une majorité incapable de lui opposer quelque résistance significative. En cas de difficultés, telles que des manifestations dans la rue, il pourra passer outre en recourant aux ordonnances, procédé dont il a usé et abusé déjà.

Car on ne peut pas oublier d’où vient E.M. Issu du secteur bancaire élitiste et de la haute fonction publique, il fera le travail que l’on attend de lui. C’est à dire le développement d’une politique essentiellement macroéconomique, profitant avant tout aux grands groupes financiers, industriels et bancaires. Cette dynamique lui apportera les soutien de Bruxelles, qui sera en fait son interlocuteur majeur.

Car c’est évidemment sur le plan budgétaire qu’E.M devra surmonter les tensions qui s’annoncent, que ce soit sur le plan de l’inflation montante et des critères de bonne gestion que l’Allemagne rappellera sans nul doute à son bon souvenir.

Un long fleuve tranquille ?

La question qui risque de rapidement se poser à E.M, c’est celle de la tolérance acceptable d’une politique qui ne reste en équilibre que parce que le taux abyssal de l’endettement aujourd’hui du pays reste soutenable. 

Ce n’est que le recours à l’emprunt du pays qu’E.M a pu tenir jusqu’ici l’équilibre. Que va-t-il se passer lorsque l’Union Européenne, sous la pression allemande arrêtera sa politique, de déversement d’argent par la création de monnaie ? Pour l’instant, la Commission Européenne persiste clairement dans son plan de soutien. Le « Plan de relance pour l’Europe » devrait générer pas moins de 2018 milliards d’euros. Ce plan s’inscrit nettement dans une démarche inflationniste, dès lors qu’il s’agit purement et simplement de création monétaire.

Cet argent frais, qui servira à la marge à financer des aides sociales, profitera à l’équilibre des finances publiques et au soutien aux milieux économiques. Mais la poussée inflationniste aura pour effet direct et inéluctable d’obérer le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes.

Dans ce contexte, si, comme d’habitude dans la cinquième République, les élections législatives ne permettent pas de faire émerger une assemblée nationale sinon composite, en tous cas capable de renversement même ponctuel de majorité, la contestation prendra le chemin de la rue. Et là nous entrerions dans une zone de turbulence dangereuse pour le pays.

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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