Une plaie en Europe, l’atlantisme

L’atlantisme reste très vigoureux en Europe occidentale, alors même qu’il n’a en réalité plus de raison d’être, sinon de maintenir l’influence nord-américaine sur notre continent. La création de l’OTAN a généré non seulement une alliance militaire dans le contexte de l’après deuxième guerre mondiale, mais encore un dispositif d’influence sur les plans économique, politique et culturel. Autant l’atlantisme pouvait se concevoir et se justifier jusqu’à l’achèvement de la reconstruction de l’Europe occidentale, autant il devenait par la suite un pur instrument d’influence. La crise russo-ukrainienne a sorti l’OTAN de son sommeil militaire et nettement aggravé le suivisme européen.

L’après seconde guerre mondiale en Europe

Il est très vite apparu que l’Union Soviétique avait décidé de s’assurer un glacis dans l’Europe de l’Est. Cette Europe, développée intellectuellement et à un degré certes moindre économiquement, a d’abord fait l’objet d’une occupation militaire, puis ses régimes politiques nationaux ont été soumis, pour en faire in fine des pays que l’on appellera satellites. Rien d’étonnant à tout cela, la Russie puis l’URSS ayant toujours voulu se doter d’une zone d’influence immense, afin d’assurer sa sécurité territoriale à ses marches. Ce pourquoi les États-Unis créèrent l’OTAN afin de répondre militairement aux forces soviétiques qui constituaient indiscutablement un danger pour l’Europe libérée mais aussi un outil pour leur influence mondiale.

Car lorsque l’URSS dépassa les limites, notamment lors du blocus de Berlin en 1948, les USA initièrent alors l’OTAN afin de matérialiser un corpus militaro-politique de nature à la contrer. L’élément majeur fut l’invasion de la partie sud de la Corée en 1950 avec l’aide conjointe et essentielle de l’URSS et de la Chine communistes. Si les soviétiques étaient capables de remettre en cause le modus vivendi résultant du partage d’influence dans les zones d’occupation des grands blocs dans les suites de la Deuxième Guerre mondiale, alors il fallait construire un dispositif militaire efficace dans le monde libre, et spécialement en Europe occidentale.

En ce sens, l’OTAN a indiscutablement servi les intérêts du monde occidental en assurant son indépendance face aux agressions communistes, illustrées par le pacte de Varsovie qui fut une sorte de réponse à l’organisation atlantique.

L’OTAN et l’Europe

Une fois que les pays de l’Europe occidentale acquéraient, notamment grâce au plan Marshall, autonomie et prospérité économique, l’OTAN, en tant qu’organisation militaro-politique, pouvait se justifier, les dangers étant persistants. La suite a en effet montré que c’était le seul moyen efficace pour contenir l’agressivité et l’expansionnisme de l’URSS. Sur ce plan, l’OTAN a parfaitement rempli sa fonction.

Mais les  USA, malgré leurs tendances isolationnistes récurrentes, ont d’indiscutables caractéristiques impérialistes dans le sens où ils considèrent qu’il est de leur intérêt vital de s’assurer une hégémonie économique et culturelle dans le monde. Il fallait donc approfondir, pour tout dire, enraciner cette prééminence en Europe occidentale qui était et est encore son premier marché.

L’expression la plus forte de cette politique a été la création de l’Europe en tant qu’institution politique. En soi, l’émergence de l’Europe démocratique est une idée intéressante, moderne et porteuse d’espoir. Les puissances montantes et aujourd’hui majeures constitués par la Chine, l’Inde et la zone Indo-pacifique justifient la création d’un bloc européen. Sans quoi, divisée, notre vieille Europe restera un nain politique. C’est pourquoi nos concitoyens n’ont à l’origine pas eu d’objections à la constitution d’un corpus politique et économique, de la CECA à la CEE en passant par la tentative de la Communauté Européenne de Défense, organisation militaire initiée par les USA mais torpillée par notre assemblée nationale en 1954. 

La France rejoindra finalement la CEE, ce qui déclencha un premier élargissement à l’origine à l’Europe des Six, RFA, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-bas.  Puis les élargissements progressifs conduiront au nombre de 27 aujourd’hui.

Parce que l’Union européenne n’est pas aboutie sur l’essentiel et que ses membres conservent la maîtrise de leur domaines nationaux réservés, tels que leur armée, leur droit et leur fiscalité, il est vain de parler de l’émergence d’une structure étatique supranationale et autonome.

Il n’y a par conséquent aucune raison que l’OTAN disparaisse dès lors qu’elle est la seule expression d’une force armée à l’échelle de l’Europe. « Le pape, combien de divisions ? », disait Staline. On peut également rappeler la phrase attribuée à Henry Kissinger  : « L’Europe, quel numéro de téléphone ? ».

La soumission aux USA, une idée partagée par nos politiques

Le coeur de l’Europe actuelle est indiscutablement l’Allemagne Fédérale, viscéralement attachée à la protection américaine, qui sert parfaitement ses intérêts politiques et économiques. L’Allemagne n’a en l’état aucun intérêt à développer une politique internationale visible, ce qui la contraindrait à constituer des forces armées conséquentes et à soutenir ici et là les interventions militaires américaines. Mais sa soumission aux États-Unis l’a cependant contrainte à envoyer ses soldats en Afghanistan, et s’associer finalement à une défaite militaire cuisante. Et son intervention dans les zones de conflit se résument à des missions d’assistance ou aériennes. 

S’agissant de la France, on constate une soumission généralisée. Pratiquement aucun parti politique ne promeut un découplage du système militaire américain. C’est seulement à demi-mot que l’on évoque la nécessité de quitter le commandement unifié de l’OTAN, c’est dire. Pour Jean-Luc Mélenchon, l’anti-américanisme est purement idéologique. Quant à Marine Le Pen, si elle dénonce l’ostracisme anti-russe de l’OTAN, n’a en réalité pas d’opposition majeure à l’existence de l’OTAN.

La guerre Russie vs Ukraine

Cette guerre est, au plan politique, une aubaine pour les États Unis d’Amérique. En quelques semaines, l’OTAN, « en état de mort cérébrale » selon Emmanuel Macron, a été formidablement réactivée par l’attaque russe. Au-delà de l’effort militaire considérable, on observe que cette guerre a permis de réactiver tous les aspects de l’influence américaine ; soumission de l’Union Européenne aux plans politique et économiques, au profit des USA. L’industrie américaine de l’armement et celle de l’énergie, tous secteurs essentiels, sont boostées par le conflit. Et ce sont les pays européens qui paient le prix fort. En quelques semaines, l’Europe indépendante a régressé considérablement. 

L’implication américaine dans le conflit a permise accélération du processus de standardisation de l’arment en Europe, notamment par la norme ITAR. Elle s’applique en particulier aux systèmes de communication entre les différents équipements et matériels offensifs militaires. Ainsi l’adoption du très onéreux avion Lockheed Martin F-35 Lightning II par de nombreux pays européens, notamment l’Allemagne, implique l’asservissement des armées aux standards américains. À terme, la France devra se soumettre de plus en plus à la norme ITAR, que ce soit pour son propre équipement ou encore ses armements qu’elle exporte.

Il reste que l’OTAN, bras armé nord-américain en Europe occidentale, est en réalité une considérable opération d’asservissement. Tant que la région sera incapable de faire émerger une réelle puissance politique et donc militaire , elle restera un nain. 

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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