Extension de l’Islam radical en Afrique

On connait les méfaits de l’islamisation radicale en Afrique, à l’origine de guérillas et massacres récurrents dans ce continent. Il est de fait que la promotion et les progrès de l’Islam, surtout dans les pays peu développés, vont de pair avec une augmentation de l’activisme politique et des méthodes violentes. Il faut donc se demander pourquoi cette expansion se produit nettement en Afrique et quels en sont les enjeux. 

L’introduction de l’Islam en Afrique

L’arrivée de cette religion dans le continent se fait à la faveur de la conquête arabe du Maghreb. C’est au 7e siècle que cette conquête se développa dans le nord du continent. Alors, la seule religion monothéiste présente était le christianisme héraclide et marginalement copte. Alors que ces mouvements religieux présentaient des divisions, et exerçaient un pouvoir parfois violent, les envahisseurs arabes eurent l’intelligence de s’attirer la sympathie des populations locales pour qui ils ont représenté une sorte de libérateurs. Il n’y eu pas de répression particulière à l’égard des chrétiens, mais ces derniers devinrent largement minoritaire. Ainsi dans ce qu’est l’Algérie d’aujourd’hui, les Berbères, pourtant autonomes et fiers de leur identité, adoptèrent l’islam sans grande difficulté. 

Dans les suites, la propagation se fit en Afrique de l’Ouest, à la faveur essentiellement des échanges commerciaux via le Sahara. Ainsi l’Empire du Ghana sera progressivement gagné par l’islam alors même que son élite dirigeante restait animiste. En ce qui concerne l’Afrique de l’Est, la progression se fit également à la faveur de ces échanges commerciaux en provenance d’Arabie. Pour autant, cette islamisation s’est limitée aux secteurs côtiers et à certains centres commerciaux, sans affecter les populations de l’intérieur. À l’exception de la langue, puisque le swahili s’est largement répandu dans la région et est devenu la langue vernaculaire de l’Afrique des grands lacs notamment. 

Au total, l’Islam, s’il s’est progressivement répandu en Afrique, n’a pas affecté substantiellement, jusqu’au XIXe siècle, le champ politique. De même la pratique de l’islam dans l’Afrique subsaharienne était particulièrement modérée et n’affectait pas réellement la mode de vie des populations qui l’adaptaient même à leurs pratiques animistes. 

L’évolution de l’Islam africain

Progressivement, de l’Egypte (où les chrétiens étaient encore majoritaires au Xe siècle) à l’Algérie, -le Maroc étant un cas à part puisque le pouvoir chérifien, ancien et très organisé, n’a pas eu besoin de revendiquer l’Islam comme caractéristique majeure- la religion musulmane a représenté un ciment de la nouvelle unité nationale. Ainsi la République Arabe Unie (R.A.U) initiée par l’Egypte, la Jamahiriya arabe libyenne de Mouammar Kadhafi comme ailleurs, ainsi la République islamiste d’Iran, illustrent cette volonté d’insérer l’Islam dans la structure même de l’exercice du pouvoir. 

On ne négligera pas l’influence prégnante du conflit israélo-arabe dans cette tendance des pays arabes à se distinguer au moyen de l’Islam. Et de fait, toute l’Afrique du Nord, là encore à l’exception du Maroc, utilise l’Islam comme instrument politique à l’ « export ». 

Au Soudan, l’application de la charia et l’utilisation de l’Islam comme mode de pouvoir va provoquer à terme la sécession du sud qui prendra son indépendance en 2011. Au Tchad, où l’élite chrétienne tint le pouvoir jusqu’à l’arrivée de Goukouni Oueddei suivi de Hissène Habré, la minorité musulmane exerce maintenant le pouvoir. L’Islam y est aujourd’hui dominant.  

Tous les pays sub-sahariens sont ravagés par l’antagonisme des pasteurs musulmans au nord avec les chrétiens ou animistes agriculteurs du sud. Le Mali, le Niger, le Bénin, le Burkina-Faso, la RCA, le Cameroun également, etc., sont tous gangrénés par une radicalisation musulmane associée à des mouvements terroristes qui s’appuient sur les ressentiments de peuplades négligées pas les gouvernements locaux. 

Qui a visité le Sénégal dans les années 70 apercevait alors quelques mosquées dans les grandes villes et pour ainsi dire pas de femmes voilées. Aujourd’hui, pas un village ne manque de sa mosquée financée par l’Arabie Saoudite ou le Pakistan. Des filles de moins de 10 ans sont parfois voilées de la tête aux pieds…

Les atouts de l’Islam

On ne peut pas comprendre la progression foudroyante de l’Islam dans l’Afrique subsaharienne mais aussi de l’est si on n’intègre pas un facteur politico-culturel majeur. Les effets modernisateurs de la colonisation, l’abandon progressif des vieilles traditions, spécialement de l’animisme, et concomitamment l’affaiblissement de l’État, le plus souvent corrompu, ont laissé un vide que la population ne demandait qu’à voir comblé. 

L’Islam promeut la discipline, structure la famille, véhicule un ordre moral, et préconise la propreté corporelle. Il est parfaitement compatible avec le commerce. Toutes caractéristiques de nature à plaire à des populations délaissées par les autorités et régulièrement rançonnées par les services de l’État. 

Surtout, l’Islam sait parler aux opprimés, aux révoltés et aux indépendantistes. Ce phénomène favorise beaucoup la propagation de l’Islam qui leur offre une structure et une pensée construite. 

Dans la zone sub-sahélienne située d’est en ouest dans les pays du golfe de Guinée, l’Islam a su accueillir toutes les rébellions. Du Cameroun au Nigeria, jusqu’au Tchad, elle nord de ces pays sont ravagés par l’influence de Boko Haram. Ainsi les nomades du Niger et du Mali, traités comme des sous-hommes par l’État central, ont trouvé dans la rébellion islamiste des moyens et des connections pour défendre leurs intérêts. Le nord du Mozambique, dans les provinces de Cabo Delgado et Niassa, est soumis lui à l’influence de l’organisation État Islamiste qui y multiplie les massacres contre les civils qui lui résistent, quand il ne réalise pas de véritables sécessions territoriales par endroits. 

Et on n’oubliera pas qu’Idi Amin Dada, musulman, favorisa les aides de l’Arabie Saoudite à sa population musulmane. Qui visite aujourd’hui l’Ouganda sera frappé par le nombres de mosquées modernes financées par les pays du Golfe et le Pakistan. 

Il n’y a donc aucune raison de penser que l’expansion de l’Islam ne continuera pas à influencer de façon durable les pays africains. Avec la très forte natalité du continent, l’avenir de l’Islam y est assurée. 

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A propos de l'auteur Thierry Sautier

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